Actualités départementales

07 mars 2022

SNE 59 : comment détruire une enseignante, mode d'emploi

Vous avez peut-être pris connaissance par la presse ou sur les réseaux de l’événement qui s’est déroulé dans l’école de Tressin, petit village tranquille dans l’agglomération de Lille, il y a quelques semaines. 

 

Une enseignante de cette école a été la cible de plusieurs parents d’élèves pendant plusieurs mois.

Ces parents n’ont jamais eu d’autre intention que de voir cette enseignante partir de l’école, et ils peuvent considérer avoir atteint leur objectif : celle-ci est en arrêt de travail, et est incapable de reprendre le chemin de la classe.

 

Les motifs invoqués et reprochés à l’enseignante, qui s’étalent sur plusieurs années, font état des faits suivants : réprimandes, (« quand vas-tu cesser de faire l’imbécile ? »), brutalité (enfant attrapé par la manche, un autre enfant se fait marcher sur la main par l’enseignante lorsqu’elle rejoint le coin regroupement), manque de bienveillance (exigences dans le comportement et le travail).

Rien n’a été relevé pour cette année scolaire toutefois, sauf 2 radiations de la classe, qui semblent avoir servi de « prétexte » (sauf que ces radiations sont dues à des motifs externes).

 

Bref, le Directeur académique, qui a reçu la collègue accompagnée d’un délégué du SNE, a convenu que les éléments à charge s’apparentaient à des faits habituels de classe. 

 

Son inspecteur de circonscription, qui a recadré certains points, lui a toujours fait confiance :

cette collègue a d’excellents rapports d’inspection ; elle a été confortée dans ses missions de MAT (maître d’accueil temporaire) encore cette année scolaire.

 

Les rapports de confiance avec certaines familles ont toutefois été rompus, c’est indéniable, même si plusieurs familles ont également apporté leur soutien à l’enseignante avec des courriers.

 

Ce qu’il faut retenir de cette triste histoire, c’est que l’acharnement de quelques-uns à trouver des éléments à charge dans le seul but de conforter un point de vue, a abouti à une situation de non-retour : les réunions de parents, dont la dernière a eu lieu en mairie (car le maire a soutenu le mouvement par crainte de perdre des élèves), la manifestation programmée des familles le jour de la rentrée de février, avec médias invités, n’ont laissé aucune chance à l’enseignante, livrée en pâture à la vindicte populaire. Précisons que je journal régional n’a donné aucune suite à notre demande de droit de réponse dans ses colonnes. Pire, il a même titré dans un second article que « les parents d’élèves ont obtenu le départ d’une institutrice », ce qui est faux : l’enseignante est en arrêt de travail et conserve administrativement son poste jusqu’à preuve du contraire. Elle n’est pas sanctionnée ni déplacée. Ce type d’article véhicule un message qui ne nous semble pas conforme avec le principe de neutralité de la presse…

 

Alors, oui, peut être que l’enseignante s’est montrée trop exigeante avec ses élèves. Peut être a -t-elle pris trop à cœur son métier. Peut être a -t-elle commis quelques erreurs de posture au cours de ces dernières années…Peut-être. Quand bien même ?

 

Quel enseignant peut s’enorgueillir d’avoir toujours eu la meilleure réaction face à un comportement déviant d’un de ses élèves, qui a toujours eu le mot qu’il fallait ? Sur l’ensemble d’une carrière, c’est impossible et chacun le sait. En tant que parent, a-t-on d’ailleurs toujours une attitude irréprochable avec ses enfants ?

 

Etes-vous mis au pilori pour cela ?

 

A l’heure où vous lirez ces lignes, une enseignante est anéantie. Elle ne sait plus si elle doit poursuivre ou non dans ce métier qu’elle adore pourtant. Elle se sent attaquée, même menacée à la suite de messages haineux sur les réseaux sociaux. Elle est détruite professionnellement et personnellement.

 

Notre syndicat, le SNE, l’accompagne dans ces épreuves et fera tout ce qui est possible pour la protéger et restaurer son image.

 

Personne n’est totalement à l’abri de ce genre d’événement. Le monde enseignant subit les conséquences d’une déliquescence des valeurs traditionnelles de la société, d’un laisser faire de plusieurs décennies et d’un entrisme inacceptable de certaines familles dans notre cœur de métier.

 

Le métier d’enseignant n’a jamais été autant fragilisé. Jusqu’à quand l’accepterons-nous ?

 

 

Laurent Hoefman, Président du SNE